Le RIF c’est dur, et celui là particulièrement selon les habitués de l’épreuve. 153h pour la gagne et plus de 180 pour notre équipe. Objectif pour satisfaire notre présidente, réussir à résumer le bazar en 180 secondes de lecture !

Puis pour les plus curieux, on vous donne rdv le 8 novembre pour vous expliquer comment cela se fait qu’on soit encore vivants plus en détails !

La difficulté était avant tout physique : 600 bornes et 20 000m d+ mais ça c’est pas le pire, le pire c’est le manque de sommeil qui transforme une équipe de cerveaux câblés normalement en zombiland total (exemple bien senti : ouvrir une barrière, faire passer ses coéquipiers, la refermer devant soi !).

Bien usant par exemple le petit mare e monti de Porto au Monte Cinto en passant par la bocca di Foggialle, mais les lits du refuge di Mori ont vraiment requinqué un des loustics de l’équipe.

L’autre point noir de la difficulté physique, ce sont les bobos en tout genre qui viennent miner les corps, mais particulièrement les pieds avec les crevasses et ampoules. Et c’est d’autant plus dur à gérer que sur l’ensemble de l’épreuve, on a dû faire environ 5 minutes les pieds au sec, dans les rues de Corte, avant de les tremper dans les eaux du Tavignano.

La dureté du raid est aussi technique, avec un niveau exigé en vélo, en bateau et même à pied juste lunaire. Tout est exigeant sur le plan technique : les VTT régalades mais cassants qui deviennent angoissants pour d’autres quand les problèmes mécaniques s’en mêlent et notamment une casse d’amorto. A pied : du crapahutage, des dalles de granite de Bavella à l’Incudine, des marches en tout sens mais jamais deux appuis qui se suivent et qui se ressemblent !

Et en bateau, outre le mal de mer sur la Méditerranée pour l’un, nous avons eu droit à du portage de packraft environ 70% du temps sur le Tavignano, et des rapides en furie sur le Golo à base de classe 2 et 3 de nuit à la frontale en maîtrisant la situation comme des hamsters dans une roue trop bien huilée !

Un des deux équipages déssale et perd une pagaie, le second fait la même en mieux : ils s’étaient endormis dans le bateau et se sont réveillés en plein rapide, à chercher l’aval en beuglant ! Mais quand les deux bateaux se retrouvent à nouveau côte à côte après une petite séquence de natation, on se rend compte que la pagaie perdue par le premier est coincée sous le second, la chance est aussi parfois un peu au rendez-vous ! Parlons maintenant de l’orientation, bucolique et agréable (bien sûr que non). Carte au 50 000 et équidistance de 40m, ça a déjà pas l’air plat sur la carte mais ça l’est encore moins en vrai.

La navigation est toujours exigeante, que ce soit dans la lecture de la carte, la liaison carte-terrain et surtout la recherche du passage sur le terrain, malgré les petits cairns salvateurs parfois. Je me mets à la place notre féminine qui ne voit pas la carte et doit se demander ce qu’on fait depuis environ 1h dans le maquis Corse à avoir progressé de 500m. Comment imaginer que cela soit vraiment la bonne option, comme sur la balise K4 qui nous aura littéralement mis à quatre pattes.

La gestion de la sécurité à tout instant est aussi partie prenant de l’épreuve, et on n’a pas été en reste sur les obstacles rencontrés :

  • dormir sans finir congelés en utilisant un refuge « semi autorisé ».
  • Envoyer notre meilleur diplomate pour quémander 4 litres d’eau pendant les 24h qu’auront duré le trek des Agriates qui était censé en faire 8.
  • Gérer les rappels sur cordes déjà usées et relais bof bof en canyon, ou gérer les canyons sans combi aussi remarque !
  • Puis les orages, qui font que le mode course s’arrête et que l’on passe en mode aventure exclusivement pour trouver un « abri », à savoir une ruine au toit effondré sauf sur une avancée d’un mètre cinquante mais qui nous sera salutaire… Pourquoi faire tout ça alors, si c’est si difficile ?

Eh bien d’abord parce que c’est beau le raid, et surtout en Corse : Corte, Tavignano, Mediterranée, aiguilles de Bavella, Monte Incudine, Calanques de Piana, Porto, Massif du Monte Cinto, Vallée du Golo, Désert des Agriates, l’Ile Rousse… Cela ressemble au moins autant au programme d’un tour operateur qu’à un traquenard à la Pascal Bahuaud !

Puis parce que ce n’est pas si dur que ça quand on est entouré par des machines et qu’il y en a toujours au moins une pour porter les autres et les faire aller de l’avant, toujours de l’avant.

Enormes émotions aussi à penser aux nôtres qui poursuivent leur quotidien pendant qu’on vit une parenthèse incroyable et de les retrouver après être venus à bout de ce chantier avec une anecdotique mais sympathique 12e place.

la team Juliette, Steve, François, David

Crédit photos : Benoît Diacre